Jospin perd son sang-froid et laisse Chirac revenir dans l’élection

Jospin perd son sang-froid et laisse Chirac revenir dans l’élection

avril 7, 2021 0 Par Michel

Lionel Jospin a-t-il perdu préalablement l’élection présidentielle ? Au lendemain du scrutin municipal, le Premier ministre français a perdu son sang-froid et il le paie. Un sondage publié par Libération cette semaine montre que si l’élection présidentielle avait lieu maintenant, M. Jospin ne recueillerait que 47 % des voix, contre 53 % pour son rival, le président Jacques Chirac.

Cela doit être difficile à comprendre pour M. Jospin.

Pourtant dans un premier temps, il faisait figure de favori pour l’Élysée. L’économie française est la plus forte des grands pays européens et son gouvernement a créé 1,5 million d’emplois. Comme l’a écrit Jacques Julliard dans le Nouvel Observateur, “On ne peut pas demander aux gens d’être logiques ou de se souvenir – et encore moins d’être reconnaissants.”
Le déclin de l’extrême droite – qui a renvoyé les électeurs du Front national vers les partis de centre droit -, une révolte populaire contre les élites et les Parisiens, et la difficulté de plaire à la fois aux pauvres et aux bourgeois expliquent le camouflet infligé à M. Jospin en mars, lorsque la gauche n’a obtenu que 48 % des voix, contre 51 % aux élections législatives de 1997.

Un parcours semé d’embuches

Il a mal interprété ce revers, faisant un retour théâtral à la rhétorique de gauche qui n’a convaincu personne. Le Premier ministre français a reconnu sa défaite pour la première fois trois semaines après le scrutin, devant des étudiants brésiliens dans un centre culturel de Rio de Janeiro. Il s’est ensuite mis à dos les journalistes en engueulant un correspondant de l’AFP et un reporter de la télévision française lors de son voyage officiel au Brésil.
“Êtes-vous stupides ? Vous n’avez pas reçu d’éducation ?”, a-t-il lancé à Sylvie Maligorne, de l’AFP, tandis que les ministres se retranchaient derrière leurs journaux. Mme Maligorne s’est retirée en larmes à l’arrière de l’avion.
Le péché de Mme Maligorne est d’avoir publié un article rappelant la règle non écrite selon laquelle les hommes politiques français ne doivent pas discuter de politique intérieure à l’étranger. La dispute avec les journalistes, son chahut par les victimes des inondations en Picardie à son retour en France, et la réponse froide aux mesures annoncées à la mi-avril ont plongé le Premier ministre dans une spirale qu’il a tenté d’enrayer par une intervention télévisée en direct le 17 avril, sa première en six mois.

Un Lionel Jospin fin prêt

Les commentateurs ont salué la prestation “sereine” de M. Jospin, mais en ont critiqué le contenu. Le Premier ministre a défini le fait de gouverner comme “répondre aux crises ou aux accidents… résoudre les problèmes”. Mais il n’a pas reconnu la nécessité d’anticiper les crises et les problèmes. Il a exprimé sa frustration à l’égard du caractère national français, critiquant ses compatriotes comme “un peuple qui n’a pas toujours le sens du temps et de la perspective”.
Par deux fois récemment, M. Jospin a menacé de ne pas se présenter à l’élection présidentielle. “Je peux être candidat, mais je n’en ai pas besoin”, a-t-il déclaré. Personne ne croit que M. Jospin ne veut pas être le candidat de la gauche, mais il joue la carte de l’accessibilité. Son message, disent les journaux avec dérision, est le suivant
M. Jospin a refusé de commenter l’épreuve de force entre M. Chirac et un magistrat qui enquête sur la corruption au sein du parti RPR de M. Chirac. Mais on ne pouvait s’empêcher de souhaiter que M. Jospin répète à la télévision les mots que Le Canard Enchaine prétendait qu’il avait utilisés en privé.

Une  forte  personnalité qui s’affirme

“Je suis le chef du gouvernement et non un simple militant ou un exécutant dans les foires comme Jacques Chirac”, aurait dit M. Jospin. “Un Premier ministre travaille 24 heures sur 24, prend des décisions et trimballe les problèmes des Français de l’aube au crépuscule. Chirac dépose des couronnes et caresse le poil des gens. Il surfe sur tout. C’est extraordinaire que ce type puisse dire tout et son contraire en toute impunité. Chirac, c’est l’impunité effrontée”.
M. Chirac est l’équivalent français du “président en téflon” ; rien ne lui colle à la peau. Combien de politiciens pourraient ignorer les aveux enregistrés sur vidéo d’un collecteur de fonds décédé qui affirmait que Chirac avait été témoin de la remise d’une mallette contenant des millions de francs ? La perte de la mairie de Paris – que M. Chirac a dirigée pendant 18 ans, et qui l’a envoyé à l’Elysée – ne l’a pas ébranlé. Et lorsqu’à la fin du mois de mars, le juge Eric Halphen a envoyé à M. Chirac une convocation pour être interrogé sur les pots-de-vin versés dans le cadre de contrats de logements sociaux lorsqu’il était maire de Paris, le président a exprimé son indignation, affirmant de façon douteuse qu’Halphen avait violé la constitution. Les sondages d’opinion montrent que 70 % des Français pensent que M. Chirac devrait parler au juge, mais la question s’éteint en quelques jours.

Un adversaire de taille pour Lionel Jospin

Il ne se passe pas un jour sans que M. Chirac ne fasse un coup d’éclat. À Pâques, les Chirac assistent au mariage du médaillé d’or olympique David Douillet, que les sondages considèrent comme l’homme le plus populaire de France. Bien qu’il soit une bête de campagne, M. Chirac a trois handicaps. La “cohabitation” l’a réduit à une figure de proue au cours des quatre dernières années, et il n’a pas grand-chose à mettre en avant comme bilan présidentiel. M. Chirac n’a pas de message percutant ; il ne peut pas ressortir sa phrase sur la guérison de la fracture sociale. Il ne peut pas non plus compter sur le soutien du centre-droit, qui ne cesse de se chamailler. Il fait le pari que M. Jospin sera usé par la gestion du pays.
Les élections anticipées convoquées par M. Chirac en 1997 ont été catastrophiques pour la droite et le président semblait politiquement mort. Aujourd’hui, il semble amusé à l’idée qu’il pourrait être réélu. En l’absence de plans ou de stratégie, il attend les erreurs du Premier ministre – et M. Jospin s’exécute.
Des écueils attendent le Premier ministre français. Son parti participera à un congrès des socialistes européens à Berlin la semaine prochaine, où les dernières propositions du chancelier Gerhard Schroder pour une Europe fédérale seront certainement discutées. Les propositions visant à renforcer la Commission et le Parlement européens vont à l’encontre de la préférence française pour une Europe “intergouvernementale”. M. Jospin avait promis de révéler sa vision de l’Europe après les élections municipales. Six semaines plus tard, selon Le Monde, “son silence est assourdissant”. Le projet de loi de M. Jospin sur la Corse sera débattu à l’Assemblée nationale à partir du 15 mai, et il divisera.