La tragédie de Ségolène Royal, avec une touche de comédie

La tragédie de Ségolène Royal, avec une touche de comédie

avril 7, 2021 0 Par Michel

Un président, deux femmes et un tweet : la France a connu une campagne tumultueuse et une nouvelle défaite de la fière Ségolène Royal.

Son fief habituel, La Rochelle, lui échappe

En novembre dernier, elle a montré des larmes en public lorsqu’elle a appris qu’elle avait perdu lourdement lors des primaires socialistes pour choisir le candidat du parti pour la course à la présidentielle. Mais dimanche soir, il n’y avait pas de larmes, juste de la haine, de la pure haine.
Ségolène Royal, 58 ans, la candidate défaite à la présidentielle de 2007, a perdu contre un dissident socialiste dans la ville portuaire de La Rochelle, dans un drame local qui a attiré la plus grande attention des médias, même si l’image plus large de l’élection parlementaire française était celle d’un succès national majeur pour le parti socialiste. Ce qui s’est passé à La Rochelle ces derniers jours avait tous les ingrédients d’une tragédie grecque avec une touche de comédie de vaudeville, impliquant des rivalités politiques, de la jalousie, un président et deux femmes, et même cet ingrédient moderne par excellence, un tweet.
Royal avait choisi La Rochelle, siège supposé sûr pour la gauche, pour marquer son retour dans la politique nationale, après avoir reconstruit son fief régional dans le sud-ouest de la région Poitou-Charente depuis sa défaite présidentielle de 2007. Mais être “parachutée” à La Rochelle a été moins facile que prévu, avec un leader socialiste local peu connu, Olivier Falorni, refusant les ordres de Paris et décidant de mener une liste dissidente contre la politicienne vedette. Il a joué sur les sentiments locaux contre une figure nationale mais controversée. Il aurait pu s’agir du genre de bagarre que l’on rencontre à chaque élection, lorsque les sièges des partis doivent sélectionner les candidats dans chaque circonscription, blessant ainsi certains sentiments. Mais c’est là que la tragédie a rencontré le vaudeville.

Une politicienne chevronnée

En plus d’une carrière politique de plus de trois décennies, Mme Royal est également l’ancienne compagne du Président François Hollande, le père de ses quatre enfants. Les deux hommes se sont rencontrés à l’École nationale d’administration, la célèbre ENA, et ont mené des carrières politiques parallèles, mais de plus en plus rivales, au sein du même parti. Après l’élection présidentielle de 2007, que Royal a perdue face à Nicolas Sarkozy, les deux se sont séparés. Et il n’a pas fallu longtemps pour que les magazines people publient des photos de Hollande avec sa nouvelle compagne, Valérie Trierweiler, journaliste politique pour un autre magazine, Paris Match.
Aussi, lorsque Valérie Trierweiler, désormais partenaire célibataire du nouveau président français, a tweeté son soutien à Falorni la semaine dernière, les médias et le monde politique se sont déchaînés. C’était sans précédent, une rivalité personnelle bien connue entre les deux femmes interférant avec une bataille politique majeure. Les dirigeants socialistes se sont précipités au secours de “Ségolène”, comme tout le monde l’appelle, et l’Élysée a dû réaffirmer le soutien du président à la candidate officielle du parti. Il revenait à Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre, de dire à la première dame (ou à la “first girlfriend”, comme la presse américaine a surnommé Trierweiler après ses débuts à Washington le mois dernier lors d’une visite officielle) de se taire.
Pendant ce temps, à La Rochelle, la politique locale est devenue soudainement nationale, et la droite a senti le potentiel de vengeance et a appelé ses électeurs à soutenir Falorni.
Dimanche, les électeurs ont donné leur verdict et ce n’était pas une bonne nouvelle pour Royal. Falorni a gagné avec 63% des voix, une défaite humiliante pour une femme qui était presque assurée de devenir présidente de l’Assemblée nationale si elle avait gagné.

Le coup de la défaite

Sans attendre les résultats officiels, à 20 heures, elle est en direct à la télévision, traitant son adversaire de “traître”, citant Victor Hugo sur le poison de la trahison et montrant le visage hideux de la défaite. Le destin de cette femme, qui a perdu en quelques années son compagnon de 20 ans, la course à la présidence, la direction du parti socialiste (au profit de Martine Aubry, dans des conditions douteuses), et maintenant un simple siège de député, ne cesse de surprendre.
En même temps, Royal conserve un fort soutien, que certains comparent à une sorte de secte. Réélue l’an dernier avec l’un des meilleurs scores aux élections régionales, elle est admirée pour son esprit combatif, même par ceux qui ne partagent pas ses opinions. Elle a accusé d’autres personnes d’avoir une attitude machiste à l’égard des femmes en politique, a pointé du doigt ses rivaux politiques dans les rangs socialistes qui se réjouissent secrètement de son sort, et a travaillé dur pour le parti. C’est vrai, mais cela n’explique pas tout.
Ségolène Royal en bref
Mme Royal est une femme trop fière pour accepter qu’elle est au moins en partie responsable de ses déboires. En 2007, après avoir été logiquement battue par Sarkozy, elle a déclaré avec défi à ses partisans, sans s’excuser : “Je vous mènerai vers de nouvelles victoires.” Pas de proclamation aussi arrogante cette fois-ci. Elle est abattue, mais pas éliminée. Royal n’abandonne jamais.