Le Franc français et Le Franc CFA : L’impérialisme monétaire français en Afrique

Le Franc français et Le Franc CFA : L’impérialisme monétaire français en Afrique

juillet 16, 2021 0 Par Michel

Ndongo Samba Sylla soutient que le franc CFA – officiellement créé le 26 décembre 1945 par un décret du général de Gaulle – utilisé aujourd’hui dans une grande partie de l’Afrique est une relique coloniale. Pour ceux qui espèrent exporter des produits compétitifs, obtenir des crédits abordables, œuvrer à l’intégration du commerce continental ou lutter pour une Afrique libérée du contrôle impérialiste, le franc CFA est un anachronisme exigeant une élimination ordonnée et méthodique. Le 11 août 2015, lors des célébrations du 55e anniversaire de l’indépendance du Tchad, le président Idriss Deby a déclaré : “Nous devons avoir le courage de dire qu’il y a un cordon qui empêche le développement de l’Afrique et qu’il faut le couper. Le “cordon” dont il parlait a maintenant plus de 71 ans. Il est connu sous l’acronyme “franc CFA”.

Les piliers du franc CFA

Comme d’autres empires coloniaux – le Royaume-Uni, avec sa zone sterling, ou le Portugal, avec sa zone escudo – la France avait sa zone franc. Le franc CFA – à l’origine le franc colonial français africain – a été officiellement créé le 26 décembre 1945 par une ordonnance du général de Gaulle. Il s’agit d’une monnaie coloniale, née de la nécessité pour la France de favoriser l’intégration économique des colonies placées sous son administration, et donc de contrôler leurs ressources, leurs structures économiques et leurs systèmes politiques. Une caricature avec une main tenant une clé émergeant d’une veste aux couleurs du drapeau français. La clé de pour un cadenas qui retient les nations françaises à la monnaie tant décriée du Franc CFA utilisée par les anciennes colonies françaises en Afrique de l’Ouest.

Après l’indépendance, le franc CFA a été redésigné :

Pour les huit membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) – Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo – il est devenu le franc de la Communauté financière africaine ; pour les six membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) – Cameroun, République centrafricaine, République du Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad – le franc de la Coopération financière de l’Afrique centrale. Les deux zones possèdent des économies de taille égale (chacune représentant 11 % du PIB de l’Afrique subsaharienne). Les deux monnaies ne sont cependant pas interconvertibles. Comme établi par les accords monétaires entre les nations africaines et la France, le franc CFA repose sur quatre piliers principaux : Premièrement, un taux de change fixe avec l’euro (et précédemment le franc français) fixé à 1 euro = 655,957 francs CFA. Deuxièmement, une garantie française de la convertibilité illimitée des francs CFA en euros. Troisièmement, une centralisation des réserves de change. Depuis 2005, les deux banques centrales – la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et la Banque des États d’Afrique centrale (BEAC) – sont tenues de déposer 50 % de leurs réserves de change sur un “compte d’opérations” spécial du Trésor français. Immédiatement après l’indépendance, ce chiffre s’élevait à 100 % (et de 1973 à 2005, à 65 %).

Une question d’intérêt

Cet arrangement est une contrepartie à la “garantie” française de convertibilité. Les accords stipulent que les réserves de change doivent dépasser la monnaie en circulation de 20 %. Avant la chute des prix du pétrole, le taux de couverture de la masse monétaire (le rapport entre les réserves de change et la monnaie en circulation) approchait régulièrement les 100 %, ce qui implique en théorie que les Africains pouvaient se passer de la “garantie” française. Le dernier pilier du franc CFA, est le principe du libre transfert des capitaux à l’intérieur de la zone franc.

Le franc CFA : pour et contre

Malgré son exceptionnelle longévité, le franc CFA est loin de faire l’unanimité parmi les économistes et intellectuels africains. Ses détracteurs fondent leur analyse sur trois arguments distincts. Tout d’abord, ils dénoncent l’absence de souveraineté monétaire. La France dispose d’un droit de veto de fait sur les conseils d’administration des deux banques centrales de la zone franc CFA. Depuis la réforme de la BCEAO en 2010, la conduite de la politique monétaire est confiée à un comité de politique monétaire. Le représentant français est membre votant de ce comité, tandis que le président de la Commission de l’UEMOA n’y assiste qu’à titre consultatif. Compte tenu de la fixité du taux de change entre le franc CFA et l’euro, les politiques monétaires et de change des pays de la zone franc sont également dictées par la Banque centrale européenne, dont l’orthodoxie monétaire implique un biais anti-inflationniste préjudiciable à la croissance.

Deuxièmement, ils se concentrent sur l’impact économique du franc CFA, considéré comme un dispositif néocolonial qui continue à détruire toute perspective de développement économique dans les pays utilisateurs. Selon cette perspective, le franc CFA est une barrière à l’industrialisation et à la transformation structurelle, ne servant ni à stimuler l’intégration commerciale entre les nations utilisatrices, ni à accroître les prêts bancaires à leurs économies. Le ratio crédit/PIB se situe autour de 25% pour la zone UEMOA, et 13% pour la zone CEMAC, mais atteint en moyenne 60%+ pour l’Afrique sub-saharienne, et 100%+ pour l’Afrique du Sud, etc. Le franc CFA favorise également les sorties massives de capitaux. En bref, l’appartenance à la zone franc est synonyme de pauvreté et de sous-emploi, comme en témoigne le fait que 11 de ses 15 adhérents sont classés parmi les pays les moins avancés (PMA), tandis que les autres (Côte d’Ivoire, Cameroun, Congo, Gabon) ont tous connu un déclin économique à long terme.

Des avis favorables

Enfin, ils soutiennent que l’appartenance à la zone franc est contraire à l’avancée de la démocratie. Pour maintenir le franc CFA, la France n’a jamais hésité à écarter les chefs d’État tentés de se retirer du système. La plupart ont été démis de leurs fonctions ou tués au profit de dirigeants plus dociles qui s’accrochent au pouvoir contre vents et marées, comme le montrent les pays de la CEMAC et le Togo. Le développement économique est impossible dans de telles circonstances, tout comme la création d’un système politique qui réponde aux préoccupations de la majorité des citoyens. Pour ses partisans, en revanche, la logique sous-jacente du franc CFA ne relève pas du néocolonialisme, mais de la coopération monétaire. Le sous-développement des pays de la zone franc est attribué à des facteurs indépendants de leurs politiques monétaires et de change, notamment à leur instabilité politique et aux mauvaises politiques économiques de leurs dirigeants. Le franc CFA est caractérisé comme une monnaie crédible et stable, une vertu importante étant donné l’expérience de la plupart des nations africaines émettrices de monnaie. Ce contre-argument est toutefois erroné : l’expérience montre que des pays comme le Maroc, la Tunisie et l’Algérie, qui, après leur indépendance, se sont retirés de la zone franc et ont frappé leur propre monnaie, sont plus forts économiquement que n’importe quel utilisateur du franc CFA. Un article proposé par https://inp-finanz-romandie.ch/financement-immobilier/